La gestion de l'arrosage des greens en période estivale : repenser la stratégie plutôt qu'augmenter les apports d'eau
L'année 2026 a été l'occasion de remettre complètement en question notre manière de gérer l'arrosage des greens durant cette première période estivale. Face à des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et intenses, associés à une ressource en eau qui doit être utilisée avec la plus grande efficacité, il nous semblait nécessaire de repenser notre stratégie.
Notre réflexion ne visait pas uniquement à réduire le temps consacré à la surveillance des greens. L'objectif était avant tout d'améliorer l'homogénéité de l'humidité dans le profil, de limiter l'apparition des zones sèches, d'optimiser chaque millimètre d'eau apporté et de construire une méthode de gestion plus durable, plus reproductible et économiquement viable.
Plusieurs pistes étudiées
Avant le début de la saison, plusieurs orientations ont été envisagées.
La première consistait à investir dans de nouvelles technologies, telles que l'acquisition d'un scanner de sol adaptable sur les tondeuses ou l'installation de sondes d'humidité enterrées sur différents points stratégiques du parcours.
Une seconde piste reposait sur l'utilisation de mouillants de dernière génération, associés à une nouvelle façon d'exploiter les données issues de la sonde TDR.
Enfin, nous avons également étudié une approche davantage centrée sur l'agronomie, visant à améliorer le fonctionnement naturel du profil de sol afin de rendre les apports d'eau plus homogènes et plus efficaces.
Très rapidement, l'idée d'associer plusieurs de ces leviers s'est imposée.
Pour cette première partie de saison avec nos nouveaux dirigeants, nous avons fait le choix de limiter les investissements dans des technologies encore émergentes. Nous avons préféré concentrer nos efforts sur des solutions agronomiques simples, cohérentes et économiquement réalistes, avec la volonté de démontrer qu'il était possible d'améliorer significativement la gestion de l'arrosage avant d'envisager des investissements plus importants.
Travailler le profil de sol avant de travailler l'arrosage
Notre première réflexion a été de nous intéresser au fonctionnement même du profil de nos greens.
Au mois de mars, nous avons réalisé une injection dans le profil du sol avec un mélange composé de 90 % de sable mélangé à 10% de la zéolite.
Cette opération poursuivait plusieurs objectifs :
- Diluer progressivement la matière organique au niveaux racinaire.
- Favoriser un enracinement plus profond.
- Augmenter la densité du chevelu racinaire.
- Améliorer la vitesse de percolation grâce à la création de véritables cheminées de sable pauvres en matière organique.
- Améliorer la disponibilité de l'eau dans la zone racinaire grâce aux propriétés de rétention de la zéolite.
L'objectif était donc d'améliorer simultanément les propriétés physiques et hydriques du profil afin de créer un environnement plus favorable au développement racinaire.
À elle seule, cette intervention ne pouvait cependant pas résoudre durablement les problèmes d'hétérogénéité de l'humidité. Elle constituait uniquement la première étape d'une stratégie globale, chaque intervention venant renforcer les effets de la précédente.
Les mouillants : un véritable changement de fonctionnement
Afin d’amplifier les effets du travail réalisé sur le profil de sol, nous avons choisi d’investir dans une nouvelle génération de mouillants.
Avec le recul de cette première partie de saison, cette décision a probablement été l’un des éléments qui a le plus modifié notre manière de gérer les greens en période estivale.
Les épisodes de fortes chaleurs du mois de juin ont constitué un excellent révélateur. Sur les surfaces n’ayant pas bénéficié de ces applications, les premiers symptômes de stress hydrique sont rapidement apparus, avec des zones sèches bien marquées.
À l’inverse, les greens traités ont conservé une couleur homogène et un niveau de qualité très satisfaisant malgré les températures élevées. Seules quelques marbrures localisées sont apparues ponctuellement. Elles ont pu être corrigées rapidement grâce à des interventions très ciblées sur les rares dry patchs observés.
L’objectif des mouillants n’est pas d’apporter davantage d’eau, mais de rendre chaque arrosage plus efficace. Leur rôle est d’améliorer la répartition de l’eau dans le profil, de limiter les phénomènes d’hydrophobie et de permettre une meilleure disponibilité de l’eau dans la zone racinaire.
Cette meilleure homogénéité a profondément changé notre manière de gérer les greens. Là où nous devions auparavant surveiller en permanence l’apparition des zones sèches, nous avons pu travailler avec une approche beaucoup plus préventive.
Pour positionner les différentes applications, nous avons donc mis en place un programme basé sur deux indicateurs complémentaires :
le cumul des températures moyennes journalières depuis la dernière application ;
le cumul des précipitations et de l’ETP corrigée.
Le premier seuil de déclenchement est fixé autour de 500 °C cumulés. Lorsque ce seuil est atteint, une nouvelle application de mouillant est programmée.
Le second seuil repose sur le cumul de l’eau reçue ou consommée par le profil. Pour ce calcul, nous additionnons les précipitations et 50 % de l’ETP journalière. Ce coefficient de 50 % permet de ne pas prendre en compte l’ETP brute dans sa totalité, mais de l’adapter à notre situation, à notre type de gazon et à notre stratégie d’arrosage.
Lorsque ce cumul atteint environ 150 mm, une nouvelle application est également déclenchée.
Le renouvellement du mouillant n’est donc pas basé sur une date fixe du calendrier, mais sur les conditions réellement subies par les greens. Si le seuil de 500 °C est atteint avant les 150 mm cumulés, l’application est avancée. À l’inverse, en période plus fraîche mais avec de fortes pluies ou une ETP importante, le seuil hydrique peut justifier un repositionnement plus rapide.
Cette méthode nous permet d’adapter les applications à la réalité du terrain. Elle évite de traiter trop tôt lorsque les conditions sont favorables, mais limite également le risque d’attendre trop longtemps lorsque la pression climatique devient plus importante.
Une nouvelle utilisation de la sonde TDR
L’un des changements les plus importants de cette saison ne concerne finalement pas uniquement l’arrosage, mais surtout la manière d’utiliser la sonde TDR.
Les années précédentes, une grande partie du temps consacré à la gestion estivale des greens consistait à rechercher les zones sèches, à multiplier les points de mesure et à intervenir rapidement dès l’apparition des premiers écarts d’humidité. La sonde TDR était alors utilisée comme un outil de contrôle très précis, principalement orienté vers la détection des zones en déficit hydrique.
Grâce à l’association du travail du profil de sol, de l’injection sable-zéolite par Dryject et de l’utilisation des mouillants, l’humidité est devenue plus homogène dans les greens. Cette évolution nous a permis de revoir complètement notre manière de travailler.
La sonde TDR reste aujourd’hui un outil indispensable, mais son rôle a changé. Elle n’est plus utilisée uniquement pour rechercher en permanence les dry patchs. Elle sert désormais à suivre les tendances générales d’humidité par zones d’arrosage et à adapter les déclenchements en fonction du comportement réel de chaque green.
Les relevés sont toujours réalisés quotidiennement, mais avec un nombre de points beaucoup moins important. L’objectif n’est plus de mesurer partout, mais de mesurer aux endroits les plus représentatifs pour comprendre l’évolution de l’humidité dans les différentes zones d’arrosage.
Un autre avantage important est l’intégration de ces mesures dans le travail quotidien. Les relevés peuvent désormais être réalisés pendant la tonte des greens, sans mobiliser une personne uniquement pour cette tâche. La sonde accompagne le travail de terrain au lieu de devenir une opération supplémentaire.
Cette évolution représente un vrai changement dans notre organisation. Nous passons d’une gestion très préventive, basée sur la recherche permanente des zones sèches, à une gestion plus construite sur l’homogénéité du profil, le suivi des tendances par zones et des interventions beaucoup plus ciblées.
Poursuivre l'amélioration du profil de sol
Cette nouvelle stratégie ne s’arrête pas aux seuls mouillants. Elle doit s’inscrire dans une logique agronomique plus globale, avec pour objectif d’améliorer progressivement le fonctionnement du profil de sol.
Pendant plusieurs années, les opérations de carottage avaient été arrêtées, non pas par manque d’intérêt agronomique, mais principalement parce que le matériel dont nous disposions n’était pas suffisamment adapté aux périodes de travail les plus favorables. La gêne occasionnée sur le jeu, le temps de cicatrisation et les quantités importantes de sable nécessaires rendaient ces interventions difficiles à positionner dans le calendrier.
Aujourd’hui, l’arrivée d’un matériel plus adapté nous permet de revoir cette approche. Les opérations de micro-carottage peuvent désormais être envisagées au printemps et à l’automne, à des périodes où le gazon est capable de régénérer rapidement.
L’intérêt principal de cette technique est de travailler uniquement les premiers centimètres du profil, là où se concentre réellement la matière organique accumulée en surface. Dans notre cas, le travail se limite aux trois premiers centimètres, ce qui permet d’intervenir précisément sur la zone concernée sans perturber inutilement l’ensemble du profil racinaire.
Cette faible profondeur de travail présente plusieurs avantages. La cicatrisation est rapide, avec un retour visuel et mécanique très satisfaisant environ une semaine après l’opération. La gêne pour le jeu reste limitée et les quantités de sable nécessaires sont également beaucoup plus raisonnables, autour de 30 tonnes par hectare.
L’objectif de ces interventions est de poursuivre progressivement la diminution de la matière organique de surface tout en créant régulièrement de nouveaux chemins préférentiels permettant à l’eau de rejoindre plus rapidement la zone racinaire.
À long terme, cette stratégie devrait permettre :
- d’améliorer encore l’efficacité des arrosages ;
- de favoriser les échanges air/eau dans les premiers centimètres du profil ;
- de limiter les phénomènes de ruissellement superficiel ;
- de réduire progressivement le taux de matière organique de surface ;
- de conserver une surface plus ferme et plus homogène ;
- de créer un environnement moins favorable au développement de certaines maladies fongiques.
Cette évolution est importante, car elle permet de replacer le carottage dans une logique d’entretien régulier, moins traumatisante pour les greens et plus compatible avec les attentes de jeu. L’objectif n’est plus de réaliser une intervention lourde et difficile à accepter, mais de multiplier des opérations plus légères, plus ciblées et mieux positionnées dans la saison.
Une stratégie globale plutôt qu'une solution miracle
Cette première partie de saison confirme surtout une chose : il n'existe pas de solution unique pour gérer efficacement l'arrosage des greens en période estivale.
Ni les micro-carottages, ni l'injection de sable et de zéolite, ni les mouillants, ni la sonde TDR ne suffisent, pris isolément, à résoudre durablement les problèmes d'hétérogénéité de l'humidité et d'apparition des zones sèches.
C'est bien la combinaison de plusieurs leviers agronomiques qui permet d'obtenir les meilleurs résultats.
En améliorant progressivement le fonctionnement du profil de sol, en homogénéisant les mouvements de l'eau et en adaptant notre manière de piloter les arrosages, nous avons réussi à conserver des greens de qualité pendant les épisodes de fortes chaleurs, tout en simplifiant notre organisation quotidienne.
Cette démarche devra bien entendu être confirmée sur plusieurs saisons. Les conditions climatiques varient fortement d'une année à l'autre et une seule campagne ne permet pas de tirer des conclusions définitives.
Les premiers résultats obtenus en 2026 sont néanmoins suffisamment encourageants pour poursuivre dans cette direction. Ils montrent qu'une gestion plus précise, plus agronomique et plus raisonnée de l'eau peut permettre de sécuriser les greens en période estivale sans nécessairement augmenter les apports.
L'objectif n'est finalement pas d'arroser davantage, mais de faire en sorte que chaque goutte d'eau soit utilisée de la manière la plus efficace possible.
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