Il est temps de revoir
cette idée, car la qualité d’un produit dépend de sa capacité à atteindre sa
cible. Pour y parvenir, il faut faire un choix judicieux.
En 2018, j’avais déjà
consacré un article à la taille
des gouttelettes après une formation qui avait complètement changé ma façon de
voir la pulvérisation. Huit ans plus tard, mes essais, mon matériel et mes
recherches m’ont amené à faire encore évoluer cette réflexion.
Avant de choisir une
buse : définir exactement la cible
Nous entrons doucement
dans le sujet, avant même de définir un type de buse il est crucial de se poser
la bonne question :
- Comment fonctionne la bouillie que je souhaite appliquer ?
Cette interrogation
permettra de définir l’objectif visé et le nombre d’impacts recherchés, car
deux traitements au même volume hectare avec deux buses ou deux pressions
différentes ne donneront pas du tout les mêmes résultats. En effet, le spectre
de gouttelettes produites sera complètement différent.
La taille des
gouttelettes : le cœur de la pulvérisation
Chaque buse produit un
spectre de gouttelettes de différents diamètres.
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| Trois types de buse, trois tailles de gouttelettes différentes. |
Selon le type, le calibre et la pression, ce spectre peut être plus ou moins fin ou grossier. Connaître les Dv0.1, Dv0.5 et Dv0.9 d’une buse est donc intéressant si ces données sont disponibles.
- Dv0.1 : 10 % du volume pulvérisé est constitué de gouttelettes plus petites que cette valeur.
- Dv0.5 : diamètre médian volumique. 50 % du volume est constitué de gouttelettes plus petites et 50 % de gouttelettes plus grosses.
- Dv0.9 : 90 % du volume est constitué de gouttelettes plus petites que cette valeur.
Le Dv0.5 est une
indication utile, mais il ne suffit pas pour décrire entièrement une
pulvérisation. Deux buses peuvent avoir un Dv0.5 similaire, mais produire des
spectres différents.
Connaître ces valeurs
permet de mieux comprendre le comportement réel d’une buse, mais également
d’adapter son choix et sa pression de travail en fonction de la cible
recherchée et des conditions météorologiques du moment.
C’est là que la notion
de goutte utile devient importante. Le but n’est pas forcément de produire les
gouttelettes les plus fines possibles. Une gouttelette très fine qui dérive,
reste en suspension ou s’évapore avant d’atteindre le gazon et ne participe pas
réellement au traitement. À l’autre extrême, une gouttelette extrêmement grosse
atteindra facilement sa cible, mais utilisera beaucoup plus de volume pour
produire un seul impact. L’objectif est de trouver le plus grand nombre de
gouttelettes utiles pouvant atteindre la cible souhaitée.
- le volume d’une goutte augmente avec le cube de son diamètre.
En doublant le
diamètre d’une gouttelette, son volume est multiplié par huit, ce qui signifie
qu’à volume de bouillie égal, il y a huit fois moins de gouttelettes. Cette
notion est cruciale. Deux pulvérisateurs peuvent appliquer 200 L/ha, mais
avec des résultats différents.
- Avec une buse produisant principalement des gouttes fines à moyennes, les 200 litres seront répartis sous forme d’un très grand nombre de petits impacts.
- Avec une buse produisant des gouttes très grossières, les mêmes 200 litres seront répartis sous forme de beaucoup moins d’impacts, mais chacun transportera une bouillie plus concentrée.
C’est exactement ce
que j’ai voulu visualiser lors de mes essais avec les papiers hydrosensibles.
Le volume appliqué peut être identique ou très proche et pourtant, selon la
buse et la pression utilisées, l’aspect du dépôt change complètement. C’est
également pour cette raison que je trouve dangereux de résumer un réglage de
pulvérisation uniquement par :
- Un faible volume n’est donc pas automatiquement une pulvérisation foliaire.
- Un gros volume n’est pas automatiquement une pulvérisation destinée au sol.
Tout dépend du spectre
de gouttelettes produit par la buse, de la pression, de la vitesse et surtout
de la cible que nous cherchons à atteindre. C’est cette réflexion qui
m’intéresse dans le travail à bas débit : ne pas chercher uniquement à réduire
le nombre de litres utilisés, mais essayer de comprendre combien de gouttes
utiles sont réellement produites.
Le nombre d’impacts :
un indicateur, pas une règle absolue
Le nombre d’impacts par cm² est un indicateur très
intéressant pour comparer une pulvérisation, notamment avec du papier
hydrosensible. Mais ce chiffre ne doit pas devenir une règle universelle.
Tout dépend encore une fois du produit utilisé et surtout de l’endroit où nous
souhaitons le déposer.
Traitement foliaire
de contact : Dans ce cas,
je recherche avant tout une couverture importante et homogène du feuillage. Le
produit restant principalement là où la gouttelette s’est déposée, il est
logique de chercher un nombre important de points de contact. Par conséquent,
je préfère une pulvérisation fine à moyenne, capable de produire beaucoup
d’impacts sans générer une quantité excessive de gouttelettes trop fines qui
risqueraient de ne jamais atteindre leur cible. Un ordre de grandeur
intéressant se situe autour de :
- 50 à 70 gouttes/cm²
L’objectif n’est donc
pas forcément de produire la goutte la plus fine possible, mais d’obtenir
suffisamment de gouttelettes utiles pour couvrir et adhérer correctement la
surface du feuillage.
Traitement foliaire
systémique : L’idée
sous-jacente est que, bien que le produit doive nécessairement entrer en
contact avec la plante pour être absorbé, une fois cette absorption effectuée,
il acquiert la faculté de se déplacer dans les tissus. Par conséquent, je ne
cherche pas nécessairement une densité d’impacts identique à celle d’un produit
de contact. Je privilégierais plutôt une pulvérisation fine à moyenne, voire
légèrement plus grossière lorsque les conditions le nécessitent, tout en
conservant suffisamment de points de contact pour permettre une bonne
absorption. Un ordre de grandeur intéressant se situe autour de :
- 25 à 40 gouttes/cm²
Traitement du sol : Ici, le raisonnement change. Je cherche à
faire traverser la bouillie au maximum à travers le couvert végétal pour
atteindre le sol. Je vais donc m’orienter vers des gouttelettes grossières,
voire extrêmement grossières. Ces gouttes, plus grosses, traversent plus
facilement le couvert et ont tendance à moins rester sur le feuillage. Elles
peuvent glisser ou ruisseler sur les feuilles et ainsi rejoindre plus
facilement le sol. Dans ce cas, compter 50 ou 70 impacts/cm² sur le feuillage
n’aurait plus de sens, car ce n’est plus ma cible principale.
C’est également la logique que j’utilise dans mes programmes de fertilisation destinés principalement à l’absorption racinaire. Avec des matières comme l’ammonitrate ou le nitrate de potassium, je cherche davantage à faire parvenir la bouillie vers la partie basse du couvert qu’à recouvrir chaque limbe. C’est notamment pour cette raison que j’utilise mes buses MSI, qui produisent des gouttelettes nettement plus grossières.
Une faible couverture du papier hydrosensible ne signifie pas nécessairement une mauvaise pulvérisation. C’est pourquoi je considère le nombre d’impacts comme un indicateur plutôt qu’une valeur à atteindre à tout prix. Il n’y a pas de buse parfaite universelle ; il y a plutôt une buse spécifique pour chaque objectif. C’est pourquoi le choix de la pression et du débit devient fascinant. Il ne s’agit pas d’appliquer une méthode prédéfinie, mais de comprendre les mécanismes en jeu et d’élaborer nos propres réglages en fonction de nos observations, de nos expériences et de notre équipement.
Mesurer au lieu de
supposer : les essais sur le terrain
Une fois que nous
avons défini le type d’application que nous souhaitons mettre en place, il
reste encore à vérifier que notre matériel répond bien à ce que nous
recherchons réellement sur le terrain.
Pour cela, quelques
paramètres simples doivent être contrôlés :
- La pression de fonctionnement.
- Le débit réel de chaque buse.
- L’homogénéité entre les buses.
- Le nombre d’impacts et la couverture obtenue.
- L’aspect et la taille des impacts laissés par les différentes buses.
L’ensemble de ces
points est assez facilement vérifiable avec quelques outils simples :
- Un manomètre pour contrôler la pression réelle de travail
- Des éprouvettes graduées pour mesurer le débit de chaque buse et vérifier qu’il reste homogène sur toute la rampe
- Du papier hydrosensible pour visualiser la couverture, le nombre d’impacts, leur répartition et comparer le comportement des différentes buses.
Et c’est finalement ce
qui m’intéresse. Vous pouvez avoir le pulvérisateur le plus performant au monde
ou, comme moi, travailler avec une vieille cuve agricole : si la pression n’est
pas correcte, qu’une buse débite davantage que les autres ou que le dépôt
obtenu ne correspond pas à la cible recherchée, le résultat ne sera pas à la
hauteur de ce que nous attendons.
La qualité d’une
pulvérisation ne dépend donc pas principalement du pulvérisateur. Elle
dépend surtout du choix de la buse, d'une pression stable, de la hauteur
de pulvérisation, du débit réel, du volume utilisé et bien entendu des
conditions météorologiques au moment de l’application.
Il serait encore
possible d’aller beaucoup plus loin, notamment sur les adjuvants, la
formulation de la bouillie ou encore l’influence des conditions climatiques,
mais ce sera peut-être le sujet d’un autre article.
L’objectif ici était
surtout de montrer qu’avant de chercher à appliquer une quantité de litres par
hectare, il peut être intéressant de comprendre sous quelle forme ces
litres arrivent réellement sur notre cible. Il n’y a pas forcément un réglage
universel à reproduire. Nous avons chacun notre matériel, nos contraintes et
nos objectifs.










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